Le jour où l’hôpital est devenu ma deuxième maison

Avant d’avoir un cancer, je ne fréquentais pas vraiment les hôpitaux. Bien sûr, comme tout le monde, j’y avais déjà été après une mauvaise chute ou pour passer des examens mais jamais pour un truc aussi sérieux (qu’est ce qui est plus sérieux qu’un cancer ????), ni pour aussi longtemps….

Quand les choses ont commencées à se gâter avec ma santé, mon médecin m’a demandé d’aller aux Urgences du Centre Hospitalier André Mignot de Versailles afin qu’on me prenne en charge.  J’y suis donc allée avec les
a priori et les « on dit » qu’on peut avoir sur les Urgences de l’hôpital public. C’était la première fois que j’allais dans cet hôpital. On
m’avait conseillé de m’y présenter tôt le matin pour éviter la foule mais j’ai vite compris que c’était peine perdu.
Les Urgences sont très récentes et modernes, on patiente dans un immense couloir sous un toit en verre. Ce jour-là, le mercredi 2 mars 2016, malgré le froid, il y avait un beau ciel bleu, et de temps en temps un nuage passait….

J’ai observée pendant des heures le ballet incessant des pompiers, des ambulanciers, des patients, du personnel soignant. Il faut dire que je suis arrivée à 8H00 et que j’en suis repartie à 17H00 ! Donc j’ai eu le temps, assise sagement et patiemment sur ma chaise, d’observer tout ça. La plupart du temps, les pompiers et les ambulanciers emmènent des personnes âgées qui sont seules, isolées mais dont l’état ne nécessite pas une prise en charge aux Urgences. Il y a ceux qui après une soirée de fête un peu (trop) arrosée, ont raté un trottoir et se sont
tordus la cheville…. Ensuite viennent les détenus de la prison voisine qui sont prioritaires (même si ils n’ont pas grand-chose) et qui arrivent sous bonne escorte pour être installé directement dans un box. Et puis, enfin il y a ceux qui n’ont rien…… Ceux-là sont souvent ceux qu’on entend le plus, ils trouvent inacceptable de patienter alors qu’ils ont mal à la gorge et qu’ils sont âgés….
Cela s’appelle une angine et votre médecin traitant peut vous soigner ! J’ai vu des personnes trouver que l’attente était trop longue et partir. Dans ce cas, c’est que ce n’était pas si grave, ni urgent ! Et ceux qui me font le plus rire ; ceux qui remettent en cause le diagnostic du médecin quand ils apprennent qu’ils n’ont rien alors que ça fait une heure qu’ils nous font leur cinéma car
visiblement ils sont à l’agonie : « Comment ça je n’ai rien à la cheville ? Mais docteur, j’ai super mal, je n’arrive pas à marcher !  » « Monsieur, les radios sont formelles, il n’y a rien de cassé, c’est juste une petite foulure, ça va passer tout seul, vous pouvez rentrer chez
vous ». Alors ça j’adore !

Entre nous, messieurs, ce n’est pas une légende, vous êtes réellement bien plus douillet que nous les femmes ! On a l’impression que vous allez mourir alors que vous n’avez qu’un petit bobo……

Et moi au milieu de tout ça, j’observais et je me disais qu’on marchait sur la tête ! J’attendais qu’on me dise enfin ce qui n’allait pas chez moi, qu’on me donne un traitement
et que je puisse rentrer chez moi et continuer ma vie. Ce jour-là, je ne savais pas que cet hôpital allait devenir ma deuxième maison : un endroit que je déteste et que j’adore à la fois. Je n’oublierais jamais cette bénévole qui
passait de box en box pour discuter et rassurer les patients qui attendent leur
diagnostic. En venant me voir, elle me dit que j’ai l’air d’aller bien et que vu que j’attends depuis longtemps c’est que je n’ai surement rien de grave. Je dirais plutôt que je n’avais rien d’urgent…..

J’admire la patience du personnel soignant, le calme dont ils font preuve. Mais je suis choquée par l’attitude de certaines personnes qui n’ont clairement pas compris le sens du
mot « Urgence ». En plus, ce sont les premiers à critiquer alors que les Urgences accueillent et soignent tout le monde gratuitement sans se poser de question. Nous devrions en être reconnaissant car combien de pays dans le
monde peuvent se vanter d’avoir un système de santé comme le nôtre, qui ne fait pas de différence entre les gens et qui est de très bonne qualité ! Parce que soyons honnête, n’est-ce pas le plus important, la qualité des soins ? Certains viennent chez nous pour se faire soigner tellement ils envient nos médecins et nos hôpitaux.

Personnellement, ce jour-là, j’ai attendu des heures pour rencontrer mon hématologue. Le hasard a fait qu’elle porte le même prénom que moi (ce qui est assez rare pour le souligner) ; c’était comme un signe et j’ai décidé à ce moment-là de lui faire confiance pour la suite. Je réalise maintenant que dès notre rencontre, elle avait compris que j’avais un cancer mais, elle ne m’a rien dit pour ne pas m’inquiéter et a essayé de me rassurer quand elle m’a dit qu’on allait faire une biopsie  quelques jours plus tard.

Je n’oublierais pas cette journée aux Urgences qui s’est finie en apothéose car il s’est mis à
neiger alors que les Urgences étaient déjà saturées et qu’ils ont dû les fermer…..

Par la suite, j’ai visité beaucoup de services pour les divers examens dans le cadre du cancer.
Certains étaient tout neuf et sentaient encore la peinture fraiche (comme la consultation d’hématologie). Partout, j’ai été très bien accueillie, le personnel a toujours été adorable. A la médecine nucléaire, on me demandait comme ça allait depuis le dernier TEP Scan, aux caisses de sortie, on me
complimentait sur mon foulard, à la pneumologie, je débarquais comme un cheveux sur la soupe et à l’hôpital de jour, j’étais comme à la maison….. Ce que je retiens surtout à l’hospitalisation et à l’hôpital de jour, c’est que le personnel est humain et prend le temps de rassurer les patients. Bien sûr,
comme partout, ils sont débordés, ils ont trop de patients, ils manquent d’effectifs etc. Mais, malgré tout, ils sont présents.

J’ai visité plusieurs hôpitaux ces derniers mois (pas moins de 6) pour rencontrer
différents spécialistes ou pour faire des examens. De mon point de vue, on n’est pas mieux soigné ou traité dans les hôpitaux privés. Pour la pose du PAC, mon hôpital a sous-traité dans un hôpital privé et honnêtement la chirurgie ambulatoire laisse à désirer : On m’a « oublié » pendant des heures
dans ma chambre sans m’avertir d’un retard au bloc, on m’a fait sortir avec juste un pauvre gâteau dans le ventre (je mourrais de faim, j’étais a jeun depuis la veille) et la facture était exorbitante avec des dépassements
d’honoraires.

Il faut aussi se rendre compte que dans les services d’hémato-oncologie c’est surchargé. Il y a beaucoup de patients à gérer, beaucoup d’aléas (on ne peut pas faire un planning fiable car on ne peut pas prévoir les effets secondaires des patients, les aplasies, ou autres changements de situation). Au Centre Hospitalier de Versailles, on est en chambre double car les quelques chambres individuelles sont occupées par les patients en aplasie ou en fin de vie. Et il y a une douche pour tout le service ! Alors, autant vous dire que c’est chacun son tour et que moi je rassemblais toutes mes forces pour traverser le couloir qui me paraissait interminable. J’entends souvent les gens se plaindre de la
nourriture à l’hôpital mais franchement, comme souvent en collectivité, on sait que les choix de repas sont limités. En plus, en cancérologie, ils doivent respecter certaines règles afin d’éviter tout risque d’infection. Pour ma part, je pouvais choisir mon repas donc ça me convenait parfaitement. On n’est pas au
restaurant gastronomique non plus…. En plus, maintenant il y a la possibilité via un service de conciergerie au sein de l’hôpital de pouvoir se faire livrer un repas de l’extérieur (pour ceux qui sont un peu difficiles).

En tout cas, pour avoir quelques moyens de comparaison, je m’estime heureuse d’avoir été soignée au Centre Hospitalier de Versailles car tout le monde a été très humain. C’est
un hôpital à taille humaine ; et tout le monde a toujours réagit rapidement. Mon infirmière de coordination a toujours été présente et réactive pour répondre à mes différentes questions ou organiser mes rendez-vous (y compris auprès des autres hôpitaux de la région). Mon hémato est aussi très à l’écoute, elle a toujours répondu à mes mails (même tard le soir), prend le temps pour s’assurer
que tout va bien (et pas seulement sur le plan médical).

Pour ceux qui critiquent l’hôpital public, les personnels soignants, je pense que vous n’avez jamais eu un grave problème de santé dans votre vie au point de remettre votre
vie entre leur main. Parce que quand on a un cancer c’est ça ! Et à ce moment-là vous vous rendez compte à quel point vous êtes chanceux. Bien sûr, tout n’est pas parfait mais, on doit s’estimer heureux de ne pas avoir à se
poser la question de comment payer les soins. On doit juste au moment de la sortie, montrer cette carte VIP (la carte vitale) et signer le formulaire et c’est tout. La sécurité sociale s’occupe de tout ! Savez-vous combien ça coûte de soigner un cancer ? Une chimio ? Une nuit à l’hôpital ? En France, nous
n’avons pas à nous préoccuper de ça ! Mais comment aurions nous fait si nous étions né dans un autre pays où la couverture sociale est quasi inexistante, ou les soins ne sont pas de qualité ? En France, les médecins, les chercheurs sont compétants, ont une renommée mondiale. Nous avons aussi des protocoles d’essais, de nouveaux traitements. Et puis, même si ce n’est pas toujours rose, il faut reconnaitre le travail formidable que fait tout le personnel des services d’hémato-oncologie. Ce n’est pas un service facile, ils sont confrontés à la souffrance, la solitude, la mort et pourtant ils gardent le sourire, pour
nous….

Je n’oublierais jamais toutes ces personnes qui ont contribuées à me guérir (et accessoirement me sauver la vie) et je leur en suis très reconnaissante. Parce que en plus du traitement médical, ils ont su par des paroles, des sourires, des petites attentions, me faire garder le moral (même quand ça n’allait pas) et ça, pour moi, ça n’a pas de prix. Le Centre Hospitalier de Versailles c’est MON hôpital et même si je le déteste pour tout les mauvais souvenirs, je l’aime aussi car il y a eu de bons moments (et j’espère que ça continuera….). Et ça restera toujours ma deuxième maison. C’est une relation très bizarre mais il fait parti de moi maintenant. J’ai compris cela, le 4 mars 2016, lors de la biopsie, le médecin m’a dit une phrase qui restera à jamais gravé en moi : « Je ne sais
pas ce que vous avez mais, quoi qu’il arrive, vous allez passer pas mal de temps dans cet hôpital dans les mois à venir…. »

 

 

Un grand merci aux différents services dans lesquels je suis passée : Urgences, Consultation d’hémato, Hospitalisation d’hémato, Hopital de jour, Médecine nucléaire,
Scanner, Radio, Echographie, Laboratoire, Pneumologie, Cardiologie, etc.

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