Interview n°44 : Yves

Je vous laisse découvrir l’histoire de Yves…..

Je me présente, Yves Chaput.
J’ai eu 61 ans le 18 juin dernier.
J’habite à Montréal, Québec, Canada.

Et non, je n’habite pas dans un tipi et je n’ai pas un orignal comme animal de compagnie.
J’dis ça juste comme ça, pour défaire le stéréotype de la cabane en bois rond et de la ceinture fléchée. 😉
Et on vient juste de sortir d’une canicule avec des ressentis de 45C. Il faisait plus chaud à Montréal qu’en Jamaïque.
Alors, l’idée du « froid Canada », on repassera. 😀

Et avant de continuer, vous remarquerez l’humour qui se pointe dans ce témoignage.
Pour moi, il y a toujours un aspect humoristique à tout situation.
La capacité de rire d’une situation grave est, il me semble, la meilleure médecine.
Il faut bien sûr que ce soit fait avec respect et doigté.

Ceci dit, j’ai attrapé ce crabe qu’on appele le lymphome du manteau.
Honnêtement, je n’ai pas cherché à savoir exactement ce que c’est.
Je n’ai aucune idée ce qui différencie ce lymphome des autres 51 variétés de lymphomes.
Tout ce que je sais c’est que ça affecte mon sang et ma moelle osseuse et bien sûr, mes ganglions.
C’est un cancer qui est à la base dormant, donc pas actif, mais qui devient agressif une fois réveillé.
Selon mon oncologue, il ne peut être entièrement éradiqué étant donné qu’après les traitements, il redevient dormant donc impossible à traiter n’étant plus détectable.

À l’automne 2017, j’ai senti une baisse assez drastique de mon énergie et de ma force.
À 1m87 et autour de 100kg, j’ai toujours été d’une bonne carrure et très, mais là, très peu atteint par les virus courant.
Je me suis toujours targué d’avoir une bonne génétique et rarement souffert d’une grippe ou rhume.
Mais cet automne, quelque chose n’allait pas.
Au moindre effort, je soufflais comme un boeuf, le coeur me débattait comme si j’avais couru un triathlon.
Juste monter les 3 étages pour me rendre chez moi me demandait un effort incroyable.

J’ai donc pris rendez-vous avec mon médecin de famille.
Sans vouloir déblatérer sur les failles de notre système de santé, il a fallu que j’attende jusqu’au 19 janvier suivant avant d’avoir ce fameux rendez-vous.
Je ne vous dit pas dans quel état j’étais durant la période des fêtes (Noël et Jour de l’An)
D’habitude jovial et enjoué, j’étais assis dans mon coin, de couleur vert et l’air hagard.
Tout le monde voyait bien que quelque chose clochait avec moi.

Finalement, je me rends de peine et misère (je dramatise un peu ici) à mon rendez-vous.
Prises de sang sont commandées de facto.
Le lendemain, appel de mon doc qui me dit, « Rends toi à l’urgence d’un hôpital le plus rapidement possible. ».
« Tout de suite, là là, doc? »
« Pas le temps de niaiser, tout de suite. »
(Excusez le québécisme utilisé dans le texte)

Ici, au Québec, si vous vous rendez par vous-même à une urgence d’hôpital et que votre vie n’est pas en danger immédiat, vous en avez pour 12 heures et plus d’attente avant d’être vu par un médecin.
Moi, 15 minutes après mon arrivée, j’étais en jaquette et sur un lit à me faire transfuser. (mon doc avait communiqué déjà avec l’hosto pour expliquer la situation)
(Notez que les délais mentionnés ont peut-être été un peu exagérés pour mieux communiquer la dramatique de la situation 😉 )

Après quelques jours de tests et re-tests, le diagnostique tombe, un lymphome.
Mais il reste toujours à savoir quel type de lymphome est-ce.
L’oncologue de service à son bureau de résidence dans un autre hôpital donc, transfert vers cette autre hôpital.
L’hôpital Sacré Coeur de Montréal est reconnue pour avoir une excellente équipe médicale et un personnel soignant d’une qualité exceptionnelle.
Mon doc, Dr Inès Chamakhi, est aussi reconnu pour son professionnalisme et compétences.
Je me sens entre bonnes mains.

Donc, après ce transfert et quelques jours d’attentes, finalement, c’est un lymphome du manteau.
Le doc m’explique ce que c’est.
Ça rentré par une oreille et ça passé directement par l’autre.
Y a rien qui a resté entre les deux.
Tout ce que j’ai compris c’est que j’allais devoir subir une chimiothérapie.
Le doc est super confiant, elle est sûr d’elle, solide comme un roc.
Elle me parle de ça comme si on parlait juste d’une mauvaise grippe.
Pourquoi m’inquiéterais-je dans ce cas?

Et bien sûr, le coup ultime à ce crabe, une auto-greffe à la fin.

Et nous voilà parti pour une période de 3 mois à raison de 1 session de chimio aux 3 semaines, pour un total de 4 sessions.

Un nouveau protocole est en force et c’est ce qu’on m’injecte.
Les résultats de ce nouveau protocole sont apparemment plus significatifs et efficaces.
Désolé mais je n’ai aucun souvenir des noms des médicaments utilisés.
Je n’ai aucune mémoire pour ces noms compliqués.
Le seul dont je me souviens est le Reduxan.

Donc, une journée d’injections préparatoires et deux jours d’injections de ce nouveau traitement.

Agressif vous dites?
Réduction de l’efficacité de mes reins de 50%, système immunitaire à plat ce qui me vaut une influenza et une pneumonie, quoique légère.
Et de l’eau dans les poumons, bon pour un drain pendant 2 jours.
Ça me vaut 2 semaines d’hospitalisation, au lieu d’une.
Le moral en prend pour son rhume.
J’ai hâte de retourner chez moi. Je m’ennuie de mes chats.

Il semble qu’une des molécules de ce protocole ne soit pas compatible avec mon système.
Ils révisent le protocole et change cette molécule pour une moins agressive mais tout aussi efficace.

La médecine n’est pas une science précise et on sert toujours un peu de cobaye.

Le premier retour à la maison se passe bien mais évidemment, je ne suis pas au meilleur de ma forme.
Monter les marches est difficile.
Après presqu’un mois d’hospitalisation, et de bouffe d’hôpital, mon poids était rendu à environ 83kg.
La moitié de cette perte de poids étant de la perte musculaire.
J’ai les jambes la grosseur d’une allumette et les biceps diminués de moitié.
J’ai l’impression d’être rendu juste un mini moi.
Mais bon, au moins je suis chez moi, dans mes affaires et avec mes chats. 🙂
Et je rentre dans des jeans que je n’avais porté depuis 2 ans. 😀

J’ai un cathéter dans le bras gauche et un « Hickman » dans le haut du torse.
Lors de mes séjours à la maison, une prise de sang 2 fois par semaine pour vérifier le taux de plaquettes et globules rouge.
J’ai eu quelques transfusions de sang et plaquettes.
La chimio faisait son oeuvre.

Et oeuvrat qu’elle fit.
Perte du goûter, engourdissement et sensibilisation des mains et des pieds, principalement au froid, fatigue et déraillement du système digestif (je vous passe les détails 😉 )
Et bien sûr, perte des cheveux.
Mais je me compte chanceux, j’ai à la base une bonne crinière, j’en ai épais su’l coco.
Donc je n’ai pas complètement perdu mes cheveux, simplement qu’ils sont devenu plus clairsemé.
Pas de « trous » comme on en voit souvent.
Je n’avais pas les cheveux très long, ils touchaient à peine le col de la chemise.
Mais au début de l’été, je me suis fait une coupe « militaire », pas complètement rasé mais très court.
Et je viens de me rendre compte subitement, ils ont repris du poil de la bête, pour ainsi dire.
Ils sont plus touffu et reprennent de la couleur.
Au début juin, ils étaient presque tout blanc et maintenant, mon poivre et sel naturel est revenu.
(à 61 ans, le brun foncé du jeunot que j’étais c’est quelque peu lessivé 😉 )

Pour le reste des traitements, tout c’est bien passé, pas d’événements particulier à noter.
Tout est terminé, pour la chimio, au début mai.

Il reste maintenant à passer à l’auto-greffe.

Pour ce faire, il faut commencer par le prélèvement des cellules souches.
Pour minimiser les traitements invasifs d’une ponction de la moelle osseuse, le prélèvement des globules blanc est donc décidé.
Malheureusement, ma moelle osseuse est trop affectée et ne produit pas assez de bonnes cellules souches.
Après une journée de prélèvement, seulement 1.3 unité de cellules ont été prélevés.
Il est donc décidé de prendre un temps d’arrêt pour permettre à mon système de se refaire une santé et possiblement reprendre le prélèvement plus tard vers la fin de l’été.
Le doc vérifie tout de même l’état de ma moelle osseuse par biopsie.
C’est un capharnaüm de cellules gélatineuses et presque pas de moelle.
Par contre, aucune trace des marqueurs du cancer dans mon sang.
C’est tout de même de bonne augure.

Et voilà, maintenant rendu à la mi-juillet et je viens de commencer des traitements préventifs au Reduxan.
Ceci pour aider à tenir le lymphome dormant le plus longtemps possible.
On va tenter de reprendre le prélèvement de cellules souches possiblement vers la fin du mois d »août.

Mon emploi ayant été terminé quelques semaines avant l’annonce de ce cancer, ma situation économique ne me permet pas de rester plus longtemps inapte à l’emploie.
Il me faut un revenu, mes économies s’effritent à vue d’oeil.
De concert avec le doc, on a donc décidé de remettre l’auto-greffe à plus tard, possiblement juste au moment d’une rechute.
En espérant que ce soit le plus tard possible.

L’étape de l’auto-greffe n’est pas de tout repos.
Au moment de la fin de ma chimio, j’étais dans un état d’esprit propice à passer au travers de cette étape.
Maintenant, revenu chez moi et repris mon train-train quotidien, je ne suis pas sûr d’être mentalement prêt à passer au travers de ça.
Dans l’éventualité d’une rechute et avec la reprise des traitements, je serai sûrement plus mentalement préparé.

Honnêtement, je n’ai pas trouvé toute cette histoire si pénible.
Les effets secondaires étaient désagréable mais pas au point d’être insupportable.
Je vois ça comme une nouvelle aventure, qui peut bien sûr avoir des conséquences tragique, mais simplement une nouvelle expérience de vie.
Je suis un optimiste incorrigible. Il y a toujours quelque chose de bon, de beau, dans toute expérience.

J’ai eu le soutien de ma famille et amis comme jamais je ne pensais en avoir.
L’amour que j’ai reçu de tout le monde m’as profondément touché et bouleversé.
Et même de personnes que je ne connaissais pas.

On ne peut pas toujours contrôler ce qui nous arrive mais on peut toujours contrôler comment on réagit à ces événements.
On va tous finir par mourir un jour ou l’autre, que ce soit par maladie, accident ou de vieillesse.
Alors, aussi bien profiter du temps qu’il nous est donné et en tirer le meilleur possible.
Et de toute façon, j’ai toujours dit que ma date d’expiration n’arrivait pas avant 2048 (à 90 ans)
Et j’ai bien l’intention d’y arriver en forme et d’un morceau.

Vous pouvez retouver Yves sur Facebook :

https://www.facebook.com/lelymphomaniac/

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